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Carrière

L’entrepreneuriat selon Moea Faugerat

Publié le 4 août 2019
Miss, enseignante, femme d’affaires… Moea Faugerat ne cesse de nous surprendre par son dynamisme. Nous l’avons encore récemment vue en membre du Jury dans l’émission « Ohipa Maitai » sur TNTV, et très prochainement elle inaugurera sa boutique FAUCHON. Femmes de Polynésie retrace le riche parcours d’une femme passionnée.

Raiatea mon amour

Moea Amiot est née à Raiatea. L’aéroport était son terrain de jeux favori aux côtés de son papa, qui conduisait le camion des pompiers, jusqu’à ce que celui-ci perde brusquement la vie dans un accident de la route. Il avait 36 ans, et elle 8. Sa maman se retrouve alors seule avec ses cinq enfants.

« Maman a réussi à s’acheter un bout de terrain et y a fait construire une petite maison, où j’ai grandi avec ma famille jusqu’à l’âge de 18 ans. Nous n’avions pas beaucoup d’argent, et vendions des cocos en ville pour pouvoir aller aux fêtes de Juillet. »

De même, avec son grand frère, elle ramassait les bouteilles de verre consignées pour son argent de poche. Comme Moea était une adolescente assez grande, elle s’est mise à jouer au basket, sport qu’elle pratiquera pendant 15 ans, et qui, après avoir été sélectionnée à Tahiti, l’emmènera aux jeux du Pacifique à Guam et en Nouvelle-Zélande.

De Miss RAIATEA à MISS TAHITI

Moea n’était pas intéressée par l’élection de Miss Raiatea, mais se laisse convaincre par l’enthousiasme de son entourage. Elle a alors 17 ans.

« C’est plus pour faire plaisir à mon entourage que j’ai accepté, et j’ai eu beaucoup de chance. Après ma victoire à l’élection de Miss Raiatea, je suis venue à Tahiti et j’ai assisté en tant que spectatrice à l’élection de Miss Tahiti en 1972, quand Moea Arapari s’est fait couronner. »

L’année suivante, c’est Edna Tepava qui remporte les titres de Miss Tahiti et Miss France. Moea est présentée comme Miss Raiatea, mais mineure, elle ne peut pas se présenter à l’élection suprême.

« Je venais à l’école à Papeete, j’habitais au foyer des jeunes filles et je passais mon Bac. J’étais la seule catholique dans ce foyer protestant, entourée de filles de mon âge formidables!»

Tous les jours elle fait à pieds le trajet du foyer à Paofai jusqu’à l’école normale à Tipaerui, et rêve de pouvoir être véhiculée. Un jour, elle apprend que Miss Tahiti remporte aussi une voiture. Elle décide donc de s’inscrire.

« Le concessionnaire des marques Toyota et Honda était un certain Narii Faugerat, dont je n’avais jamais entendu parler. Il offrait une voiture. Il a regardé dans les journaux les profils des candidates et a flashé sur moi, puis il m’a invité à déjeuner. »

Quand Narii demande à Moea pourquoi elle se présente à l’élection, elle lui répond très spontanément que c’est pour gagner la voiture, la revendre, et acheter une R5 comme ses copines. Narii lui avoue alors qu’il est le concessionnaire partenaire de l’élection, et la prévient que, si elle gagne la Honda Civic, il lui fera signer un contrat pour garder la voiture. Moea a maintenant 19 ans, et se retrouve en candidate libre pour Miss Tahiti, face à sa cousine élue Miss Raiatea .

« Après mon titre de Miss Tahiti en 1975, je pouvais aller à Miss Monde, Miss Univers et Miss International. C’était une ambiance familiale avec le mari et le fils de Mme de Fontenay, et les Miss pouvaient se présenter où elles le voulaient. Mais j’ai choisi Miss France. »

Moea raconte que jeune fille, elle rêvait d’un prince charmant qui ressemblerait à Clint Eastwood ou Antonio Banderas, le cliché du beau brun. Et si ça n’a pas été le coup de foudre avec Narii, elle a été séduite par sa gentillesse et sa bienveillance.

Mais Narii ne voit pas d’un très bon œil la participation de sa jeune épouse à l’élection Miss France, aussi loin du fenua et pour aussi longtemps. Moea, alors enseignante à Papara, décide tout de même se présenter.

« Je me souviens d’une séance photos à la Tour Eiffel, en plein hiver, pieds nus et en costume régional, pour la préparation de l’élection… Je me suis retrouvée entre Narii, reticent, et Mme De Fontenay qui me voyait favorite et me parlait de rester un an si j’étais élue… »

Elle termine 2ème dauphine de Miss France, puis décroche le titre honorifique de « Miss Sympathique » pendant les préparation de Miss Univers, élection où au dernier moment elle décide de ne pas participer.

Moea rentre à Tahiti, auréolée de son titre, et retrouve son poste d’enseignante en primaire. L’année suivante elle tombe enceinte de sa fille aînée. Les années passent, et trois enfants plus tard (Mailee, Leiana et Narii jr.), elle reprend ses études et obtient son CAPEG (aujourd’hui CAPES) qui lui permettra d’enseigner au lycée Henri Hiro de Faa’a et au collège de Tipaerui.

« J’ai pris ma retraite d’enseignante à 39 ans et demi pour me consacrer aux affaires de mon mari. Tout a commencé par le rachat de la boutique Jacadi. »

D’enseignante à business woman

La carrière de Moea dans les affaires démarre également avec les boutiques Catimini, Christian Dior, Kenzo et Habillez-moi (qui deviendra la boutique Miss Tahiti sur le front de mer).

« Tout marchait bien jusqu’à l’arrivée d’Air Tahiti Nui, qui permettait aux Polynésiens d’aller faire du shopping à l’étranger. Le chiffre d’affaires de nos sociétés dégringolait et je me suis dit qu’il fallait vite faire autre chose. Et comme j’aime la cuisine, je me suis lancée dans la restauration, avec l’ouverture du Vahinerii, du Miri Miri, de mes deux boutiques de chocolats Jeff De Bruges et aussi le Bora Bora Coffee Shop. Très prochainement ouvrira ma boutique Fauchon – l’épicerie fine parisienne – dans la galerie Moana Nui à Punaauia.»

LE MILIEU ASSOCIATIF

En parallèle de sa vie familiale et professionnelle, Moea est très impliquée dans la cause de femmes battues. Un de ses restaurants sert de point de réunion au Conseil des Femmes, mené par Chantal Minarii Galenon (1). Elle y participe activement en se rendant régulièrement dans les foyers spécialisés, comme Pu O Te Hau, ou en emmenant chez un médecin ou un psychologue les enfants qui en ont besoin.

Autre exemple de son altruisme est le cas d’une femme qui avait un projet de bar à sushis à Huahine, dans le cadre de l’émission de TNTV « Ohipa Maitai ». Elle l’a prise sous son aile, l’a formée dans son restaurant et lui a permis de s’installer. Aujourd’hui Moea se réjouit de sa réussite. D’une manière générale, elle est heureuse de constater aussi que les femmes polynésiennes sont de plus en plus indépendantes et autonomes.

« Il ne faut pas être égoïste dans la vie. Il faut s’occuper de soi bien sûr, mais aussi des autres. Je reçois pratiquement 5 CV par jour, et bien sûr, je ne peux pas répondre favorablement à tout le monde. Mais si je peux, je le fais et je suis fière de pouvoir permettre à des Polynésiens de travailler. »

Battante, dynamique, altruiste et généreuse sont autant de qualités qui font de Moea Faugerat cette femme épanouie, qui se donne les moyens d’aller au bout de ses ambitions.

(1) Voir portrait femmes de Polynésie : Minarii Chantal Galenon

 Laurent Lachiver
 Rédacteur web

 © Photos : Moea Faugerat

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