Site de Femmes de Polynésie Hommes de Polynésie

Je passe
d'un site à l'autre

Carrière

Carrière tourisme

Rose Richmond, une volonté de fer !

Rencontre avec une femme polynésienne native de Moorea et très attachée à son île, qui, partie du bas de l’échelle sociale, se retrouve aujourd’hui à la tête de l’hôtel Hilton Moorea resort and spa, après un long parcours professionnel. Rose RICHMOND, une directrice aussi humaine et attachante qu’efficace et appréciée de tous, se confie à Femmes de Polynésie

NEE DE PERE INCONNUE

Rose est née de père inconnu. Elle a été élevée par sa grand-mère dans une famille de Moorea qu’elle qualifie de pauvre. La maison de son enfance était très modeste et elle dormait à même le sol en soupe de corail, sans parquet, lino et autre confort. Le manque de son père était permanent, et lorsqu’il s’agissait de signer un carnet du collège, c’était soit sa maman, soit elle-même qui signait.

« A l’âge de dix ans, j’ai décidé de ne plus vivre cette vie-là »

Rose se souvient de ce jour, alors qu’elle n’avait que dix ans, elle était à la plage et a crié son désespoir de ne plus vivre dans ces conditions. Elle faisait quotidiennement les cinq kilomètres aller/retour du parcours jusqu’à l’école. Elle souffrait d’être un peu la honte de la famille, la chinoise, dans une famille de tahitiens et de popa’a, qui n’a pas connu son père.

Cette situation lui faisait sentir qu’elle était un peu marginalisée, et l’a amenée à beaucoup réfléchir. Une certitude est venue dans l’esprit de Rose : ne pas reproduire le schéma classique familial qui consiste à aller à l’école jusqu’à 14 ans, puis arrêter sa scolarité, et faire des bébés.

« Je voulais sortir de cette communauté de frères, sœurs, cousins… »

Elle ne savait pas alors ce qu’elle allait devenir plus tard, mais il fallait surtout ne pas évoluer dans ce modèle de vie. Elle aimait aller à la pêche et faire du fa’apu mais pas pour en vivre.
Donc elle continue ses études avec le lycée à Tahiti, à une époque où l’on ne pouvait se promener à la maison en pareo ou mettre une fleur de tiare à son oreille. Elle était habillée par une robe longue avec les bras couverts ce qui tranchait avec ses copines aisées qui venaient en short.

« A 14 ans, je commence à travailler dans une blanchisserie »

La maman de Rose avait refait sa vie, elle a été élevée par sa grand-mère. Elle était obligée de travailler pour subvenir à ses besoins, de s’acheter par exemple des chaussures de sport car elle pratiquait le basket et la gymnastique. A force d’entendre « débrouille-toi », Rose finit par s’endurcir. Elle se plonge dans les études et travaille le week-end dans une blanchisserie où, elle a appris à conduire avant l’âge légal pour livrer draps et serviettes au Club Med.

« J’imaginais devenir instit’ car les métiers de l’hôtellerie étaient considérés comme des emplois sales »

Après avoir décroché son brevet professionnel elle postule pour devenir « instit’ ». N’ayant pas de piston contrairement à une cousine qui a été nommée à Tahiti, on lui propose d’enseigner à Napuka dans les Tuamotu. Mais elle n’imaginait pas y aller sans sa grand-mère. Après avoir supplié de décrocher une place à Moorea, on lui refuse cette possibilité et elle renonce à l’enseignement.

Pendant ses vacances, Rose fait des extras à l’hôtel Moorea Lagon ou elle deviendra barmaid en 1979, car l’hôtellerie, malgré sa réputation de métier sale, était le seul débouché ou presque, de l’île. Elle se loue une petite cabane avec une chambre et du parquet et devient libre et indépendante. On recherche ensuite quelqu’un à la réception de l’hôtel, et Rose obtient le poste.
C’est à cette époque qu’elle rencontre son futur mari, musicien, qui jouait au Moorea Lagon.

UNE PAUSE POUR DEVENIR MAMAN ET FAIRE DU COPRAH AUX TUAMOTU

Elle donne naissance à son premier enfant et, après une pause maternelle, continue son chemin dans la profession :  femme de ménage au Bali Hai…Elle fait une parenthèse dans les Tuamotu pour faire du coprah et de la pêche mais une tante la rappelle et lui parle d’opportunités pour être hôtesse à UTA.

Mais des jalousies autour d’elle lui font renoncer. Il fallait bien continuer à travailler et retourne au Moorea Lagon où elle est polyvalente, devenant chef du personnel, touchant à la restauration, à la gestion administrative. Mais la chaîne Ibis s’installant avec l’Ibis Kaveka Village, elle y postule et est engagée à la réservation, encore une autre facette du métier de l’hôtellerie qui continue d’enrichir son parcours en se perfectionnant notamment dans l’hébergement.

Ses patrons de l’époque ont vite vu en elle une femme déterminée, différente des autres membres du personnel, qui avait indubitablement un potentiel à exploiter. C’est à ce moment là qu’on lui propose de suivre une formation d’un mois à Anaheim en Californie, ses patrons voyant en elle une femme pleine de potentiel professionnel, où elle acquiert des notions de management.

« on recherchait des formateurs pour les métiers de l’hôtellerie »

C’est à son retour au fenua qu’elle apprend que l’ADFI (1) recherche des formateurs. Sur 120 personnes inscrites, 4 sont sélectionnés dont 3 hommes et une seule femme : Rose. A partir de là, elle formera plusieurs centaines de personnes, participant à l’ouverture de plusieurs hôtels, pendant dix ans. Elle a même créé une formation sur la culture et le management polynésien destinée pour les nouveaux cadres arrivant au fenua. Sauf qu’elle ne voyait pas grandir ses enfants et qu’elle a eu besoin de faire une pause dans cette activité prenante.

UNE BREVE PARENTHESE POLITIQUE

Elle s’engage en politique aux côtés du regretté Boris Leontieff où elle devient la référente sur Moorea. Mais ce fut une expérience fatale à sa carrière car certaines personnes au pouvoir ont mis des bâtons dans les roues de cette opposante et adversaire. Pendant un an elle retourne faire du fa’apu et notamment le noni très à la mode…

« puis le Moorea Lagon me rappelle »

C’est une suggestion de Louis Wane qui la fait revenir au Moorea Lagon en tant que gouvernante générale, renouant avec ce lieu avec lequel elle a un lien très fort sur des terres qui avaient appartenu à ses ancêtres. Un établissement qui prendra le nom de Sheraton avant d’être aujourd’hui devenu le Hilton. Rose continue son parcours en devenant directrice d’hébergement et en étant le bras droit et la numéro 2 des différents directeurs qui passaient.

« on me donne le titre de directrice générale, mais je ne m’attache pas aux titres. Moi ce qui m’intéresse c’est le travail et montrer ce dont je suis capable »

A la tête de ce très bel hôtel sur un bord de mer et un lagon exceptionnels, Rose se souvient d’une valeur inculquée par sa grand-mère : l’humilité et respect. Une grand-mère qui lui prédisait une réussite dans sa vie et le fait qu’elle irait « très très loin, parce que », disait-elle, « sa petite fille était différente des autres gosses du quartier ».

Mais elle ajoutait très vite que « lorsque cela arriverait, il sera impératif de rester humble, de toujours rester soi-même, ne pas changer sa façon d’être et ne jamais oublier d’où elle vient ». Rose refuse d’ailleurs qu’on l’appelle « Madame », mais accepte tous les surnoms : « la reine mère »… « Roti ute ute »… alors qu’elle est la seule femme polynésienne à diriger un hôtel d’une chaîne internationale.

« au-delà de ma fonction et du titre de directrice, je respecte tout le monde, tout mon personnel, mais j’exige qu’on me respecte également. Mais avant tout c’est moi qui dois les respecter »

Rose est pour le dialogue et le respect dans son personnel. Elle n’aime pas imposer les choses, mais sait prendre les bonnes décisions quand il le faut. Elle dirige un établissement de 106 bungalows et un staff de 170 personnes. Et sa devise : rendre le séjour du client magique et unique.

LE DEVELOPPEMENT PERSONNEL ET LA CONNEXION AVEC LA NATURE

Lorsqu’elle n’a pas sa casquette de directrice d’hôtel, Rose aime jardiner pour créer notamment des ambiances zen. Elle n’est pas accro à internet mais elle y fait quand même des recherches sur le thème du développement personnel et la pensée positive. Elle est très connectée avec la nature, la lune, le soleil…

Rose nous dit, lors de notre rencontre, qu’elle avait commandé du soleil pour la semaine en cours (et il fait un temps magnifique quand nous sommes avec elle) car elle n’a plus que quelques jours pour les travaux de rénovation de la piscine de l’hôtel.

« l’univers est tellement généreux que je le remercie tous les jours »

Dans la nature, tout est un signe.

LE REVE DE ROSE : UNE FONDATION HUMANISTE DE COACHING

Après sa retraite, Rose imagine monter une fondation qui permettrait à tous, gratuitement, sans notion de business, de bénéficier de coaching pour permettre aux polynésiens les plus modestes et les plus démotivés, de retrouver une dignité, pour avancer dans la vie, pour leur permettre d’entreprendre, et devenir libre, indépendants et maîtres de leur destin.

Nous quittons cette femme attachante au charisme aussi évident que discret avec ce message qu’elle destine aux femmes polynésiennes :

« Montrez-vous en tant qu’être merveilleux, capables de franchir toutes les étapes de la vie. Si j’y suis arrivée, vous toutes pouvez le faire. Je suis fière d’être polynésienne »

DEFINITION

(1) Association De Formation Internationale, qui avait été remplacée par l’AFOMETH (Association pour la FOrmation aux MEtiers du Tourisme et de l’Hôtellerie )

Laurent Lachiver
Rédacteur web

© Photos : Laurent Lachiver et Rose Richmond

Facebook
Partagez Maintenant !

Je m’inscris à la newsletter !

Retrouvez notre sélection d’articles chaque mois dans votre boite mail