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Culture

Sculptures marquisiennes à Moorea - Femmes de Polynésie
boutique marquisienne à Moorea

Les sculptures marquisiennes de la boutique « Marquisian Art »

Publié le 23 novembre 2017

Si un jour l’envie vous prend d’entrer dans la boutique « Marquisian Art And Curios » de Moorea, observez attentivement les sculptures accrochées au mur. Précision des détails, motifs délicats, qualité du bois… Il s’agit de véritables sculptures marquisiennes traditionnelles, de presque 90 ans. Pour Femmes de Polynésie, Tahia, gérante de la boutique, raconte l’histoire de sa famille, à l’origine de ces magnifiques pièces de bois qui témoignent de la culture marquisienne d’antan.

La sculpture, entre tradition et histoire familiale

Plus qu’un art, la sculpture est un véritable savoir-faire, vecteur de traditions ancestrales notamment aux îles Marquises (Ua Huka), d’où est originaire Tahia. La sculpture et sa famille sont étroitement liées. Ses grand-parents et ses deux papas Teiki et Antonio ont créés de leurs propres mains les pièces anciennes qui trônent fièrement dans la boutique. Lance, herminette1, casse-tête et casse-nuque (sortes de massue), témoignent du passé guerrier des marquisiens.

« Les guerriers avant, ils ne se faisaient pas de cadeaux. »

Les umete, plateaux sculptés destinés à présenter des offrandes aux chefs guerriers, ainsi que les tiki2 sont les vestiges de traditions anciennes, encore bien ancrées dans les mémoires polynésiennes.

Umete de la boutique de Tahia

Le père de Tahia est venu vivre très jeune à Tahiti pour trouver du travail. Entre les années 1950 et 1960, il s’installe à Pirae et préfère travailler la sculpture pour rester près de sa famille. Ses créations remportent un franc succès dans les années 1970 auprès des militaires de l’armée française. Tahia nous transmet les sages paroles de son père :

« C’est pas la richesse qui compte, tu vis simplement avec la sculpture. Il faut garder la culture marquisienne. »

Avec la fabrication de ses sculptures, le père de Tahia emploie de plus en plus de personnes et son travail est reconnu. Aujourd’hui, parmi les 24 frères et sœurs de cette marquisienne d’origine, plusieurs d’entre eux travaillent toujours à Tahiti. Jérémy s’est spécialisé dans la pierre et est aussi un grand danseur de ‘Ori Marquisien. Sébastien, Clovis et Paulin sculptent le bois. Tahia est l’aînée de tous et elle partage avec nous quelques bribes de la vie de ses frères et sœurs :

« Chacun a sa spécialité, mais tout le monde sculpte le bois. J’ai trois frères professeurs de sculpture très connus. Ma petite sœur Bernadette sculpte les cocos. Annabelle, la dernière, s’est spécialisée dans les paréos et le tatouage. »

Les magnifiques sculptures marquisiennes sont façonnées dans des essences de bois noble : le bois de rose océanien. Il en existe deux sortes : le tou, le bois de rose brun ; et le miro, le bois de rose aux légères teintes bordeaux.

Tahia, une vie pleine de rebondissements

Tahia est originaire de l’île de Ua Huka, dans l’Archipel des Marquises. Lorsque son père part vivre à Tahiti, elle reste avec ses grand-parents et ne le rejoint qu’à ses 17 ans, dans les années 1970. En 1974, la jeune marquisienne part en France et y passe 40 ans de sa vie, ponctués de va et vient en Polynésie. À 20 ans, elle choisit de faire de la vente à domicile de linge et de produits cosmétiques.

« Le commerce, ça m’a toujours attiré, c’est de famille. »

Son grand-père avait le commerce dans le sang et ravitaillait les autres îles.

« C’est un patriarche, il faisait du pain, de la pêche et de la chasse. Je savais que je voudrais faire un jour la même chose. »

Par la suite, Tahia ouvre son propre restaurant de cuisine polynésienne en bord de mer, dans le Var. En 1996, elle revient à Tahiti pour ouvrir le snack Le sable blanc à Papeete, qu’elle tient de 1997 à 2005. En 2000, elle décide de s’installer à Moorea, l’île sœur de Tahiti et transmet alors son snack à une autre marquisienne.

C’est en 2006 que la boutique « Marquisian Art and Curios » voit le jour, avec les sculptures familiales. Tous les sculpteurs de la famille de Tahia pratiquent leur art pour approvisionner la boutique, depuis Ua Huka, Nuku Hiva, Fatu Hiva, Tahuata et Pirae, où un atelier d’exposition existe toujours. Cette femme marquisienne qui a tant vu et vécu nous confie :   

« Je sculpte aussi, je fais des petites choses, les noix de coco par exemple mais c’est le temps qui manque. »

Moorea, île sœur de Tahiti

La sculpture mais pas que…

À la boutique de Tahia, vous trouverez bien sûr les sculptures d’origine de sa famille. Il est possible d’en acheter des reproductions et de faire faire sur-mesure des sculptures telles que des vasques ou des tables d’échec, toujours dans un style marquisien.

Vous y trouverez également toutes sortes de pièces issues de l’artisanat polynésien :

  • Des « tapa » : étoffes d’écorce battue pour créer des tissus végétaux, peintes de motifs traditionnels. Ceux de la boutique de Tahia viennent de l’île de Fatu Hiva, aux Marquises.
  • Le livre Te Patutiki écrit par Teiki, son fils, sur l’art du tatouage marquisien.
  • Des tifaifai : grands patchworks de tissus, souvent aux motifs fleuris. Faits à la main, sans aucune machine, ils sont créés par la deuxième maman de Tahia.

« Nous avons une maman formidable qui fait des tifaifai. Elle a 80 ans, je ne sais pas si je ferais la même chose à son âge, il faut six mois pour créer un tifaifai. »

  • Des vêtements conçus localement dans un atelier de Moorea. Robes, sorties de bain, robes de mariée… Il est possible de commander sur-mesure.
  • Des tableaux de différents artistes du fenua3 : peintures à l’huile d’Olivier Louzé, ou encore peintures de sable de Martine Martre.
  • Des ukulélés, fabriqués par un artisan marquisien.
  • Du monoï4, des bijoux de nacre, des paréos, de la vanille, des produits de la célèbre marque Hinano…

En entrant dans cette petite boutique de Paopao dans la baie de Cook, vous rencontrerez plus certainement Anaïs. Tahia, elle, est souvent dans son atelier à créer vêtements, nappes et autres étoffes de tissu. Dans cet endroit magique, où des odeurs de vanille et de monoï s’entremêlent avec douceur, règne une ambiance chaleureuse et conviviale, à l’image de l’accueil polynésien. N’hésitez pas, au passage, à aller y faire un tour pour découvrir les somptueuses sculptures de la famille de Tahia.

Plus d'informations

Marquisian Art and Curios
Paopao face à l’hôtel Ibis
Ouvert du lundi au vendredi de 9h à 17h et le samedi de 9h à 13h
87 73 47 91
marquisian@hotmail.fr

Et sur Facebook 

1 Herminette : objet cérémoniel ou outil de charpentier utilisé pour travailler et tailler le bois, notamment pour creuser les pirogues.
2 Tiki : ti’i en tahitien, représentation humaine sculptée de façon stylisée. (Source : Wikipédia)
3 Fenua : la Terre, ici compris comme la Polynésie.
4 Monoï : huile de coco parfumée le plus souvent avec des fleurs (tiare, pitate…). (Source : Fare Vana’a)  

Camille Lagy
Rédactrice web

© Photos : Femmes de Polynésie
© Tableaux : Olivier Louzé et Martine Martre

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