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Culture

Tahia Cambet, une enseignante de danse tahitienne passionnée

Publié le 31 décembre 2018

Danseuse depuis ses 3 ans, aujourd’hui, à 25 ans, Tahia Cambet est à la tête de la seule école de danse polynésienne en France et a également fondé sa troupe O Tahiti Nui au palmarès déjà édifiant. Et la jeune femme a encore plein d’autres idées en tête pour faire rayonner la culture polynésienne dans le monde entier. Femmes de Polynésie l’a rencontré.

Née à Tahiti d’une maman demi-Marquisienne et demi-Paumotu et d’un père Français, Tahia Cambet est plongée dans l’univers de la danse très tôt. À 3 ans seulement, elle apprend la danse avec sa maman.

« Mes parents se sont vite séparés et la poursuite de la danse me permettait de rester proche de la culture polynésienne, étant partie vivre avec mon père” confie-t-elle.

En grandissant, Tahia fréquente plusieurs écoles de danse afin de découvrir différents styles et trouver ses propres pas :

« Mon père m’a beaucoup poussée. Tous les soirs, dès l’âge de 6 ans, je m’entrainais ».

Tahia a pris des cours avec des noms dont la notoriété n’est plus à faire en Polynésie : Makau, Tiare Trompette, Tumata Robinson…. Elle fera même le conservatoire et intégrera les Grands Ballets de Tahiti.

Mais à 17 ans, le bac en poche, bien que la jeune fille souhaite rester au fenua pour “danser et profiter”, ayant été acceptée à la Sorbonne, une prestigieuse école à Paris, elle décide de saisir l’opportunité et de partir à contrecoeur :

« Je me disais que j’allais revenir, et finalement, je m’y suis plue ! ».

Étant en double licence droit et économie, Tahia travaille beaucoup et arrête la danse pour se consacrer pleinement à ses études :

« c’était difficile de m’intégrer. Et je n’étais pas épanouie » admet-elle.

À 19 ans, elle décide d’enseigner la danse tahitienne au sein d’une association, une bouffée d’air frais dans son quotidien rythmé par les bouquins :

« La danse était le seul moyen de conserver un lien avec ma culture. Au début, je donnais des cours une fois par semaine, puis deux… et après je me suis dit qu’il était temps que je me sépare de l’association et que je me lance toute seule ».

La jeune femme fait le choix de vivre de sa passion à 20 ans. Elle crée son association, forme la troupe O Tahiti Nui, et donne des cours de danse tout en poursuivant sa licence :

« Au bout de 3 ans, j’ai eu l’opportunité de venir à Tahiti avec la troupe, mais cela tombait en même temps que mes partiels. J’ai donc dû faire un choix. Un choix difficile mais nécessaire. J’ai choisi de poursuivre mon rêve. J’ai arrêté ma licence au bout de la quatrième année ».

Tahia se consacre désormais uniquement à l’enseignement de la danse et aux créations artistiques avec sa troupe :

La danse tahitienne, c’est très complet : tu fais du sport, tu exprimes ta féminité, ta grâce… Cela t’apprend à accepter ton corps, à travailler ta posture etc.”

Danseuse, professeure de danse, chorégraphe... : derrière l’artiste, une vraie business woman

L’école de danse de Tahia Cambet compte aujourd’hui plus de 250 élèves, répartis en plusieurs niveaux, avec des cours dispensés tous les soirs par Tahia, et depuis peu, par Teani :

« à un moment donné, je ne pouvais plus donner cours à tout le monde ».

Car les demandes d’inscriptions ne cessent d’affluer, ce qui rend plus compliquée la recherche de salles dans la capitale française :

« La difficulté principale à Paris, c’est de trouver de grandes salles pour accueillir toutes mes danseuses ».

Et si de nombreuses associations en France proposent des cours de ori’tahiti, il n’y a pas de véritable école de danse comme celle de Tahia.

Monter son école de danse pour Tahiti était une évidence :

« J’adore monter sur scène et danser, mais ma passion, c’est vraiment l’enseignement. Quand on est à Tahiti, la danse tahitienne est accessible, on n’a presque pas besoin de faire d’effort pour y avoir accès. Alors qu’en France, on a envie de s’impliquer davantage dans la culture. Quand je suis arrivée, j’ai voulu me surpasser et monter mon école ».

Tahia a dû créer une pédagogie adaptée :

« On n’a pas la même manière d’enseigner à un public tahitien qu’à un public métropolitain, qui n’a jamais dansé, qui n’a jamais entendu de la musique tahitienne dans le ventre de sa mère ».

Pour la jeune femme, la danse est avant tout un art vivant qui doit être partagé et vécu ensemble :

Et ce qui plaît surtout à Tahia, c’est de faire rayonner sa culture polynésienne à l’étranger :

« Quand je suis à l’étranger, je suis la représentante de Tahiti, et quand je suis à Tahiti, je représente la France. J’adore cela. Je suis métisse et fière de l’être. Je veux continuer à faire connaître la danse tahitienne comme une véritable danse technique ».

Tahia aimerait à l’avenir développer son école et proposer des cours de tahitien, de chant, de musique et d’histoire même :

« ce sont des aspects hyper importants dans la danse. Là, on apprend tout par nous-mêmes, par Internet… Par exemple, pour le toere, le dimanche on se retrouve sur des parkings en plein hiver pour taper ! ».

Des cours de danse en ligne pour 2019

Et quand elle n’est pas avec sa troupe O Tahiti Nui -qui continue de rafler les récompenses, ou qu’elle n’est pas en train de donner des cours de danse, Tahia travaille sur un autre projet, celui de cours en ligne :

“Des gens de l’étranger et même de Tahiti me demandaient si j’avais d’autres branches de l’école, alors j’ai eu cette idée. Internet c’est l’avenir, donc je me suis lancée le challenge de développer une pédagogie adaptée à un public derrière un écran. J’ai tourné 12 vidéos et créé un site internet de VOD comme Netflix”.

Disponibles en japonais, français et anglais courant 2019, les cours seront accessibles contre abonnement, avec une obligation de visionnage dans un laps de temps afin d’encourager un entraînement régulier :

« C’est comme pour mes cours en salle, il faut y aller toutes les semaines. Et je proposerai un coaching personnalisé car ce qui fait la magie de la danse tahitienne, c’est le dialogue entre le professeur et son élève ».

Tout le monde, quelque soit son niveau, commencera par la même vidéo et évoluera à son rythme :

« les vidéos s’adressent principalement aux personnes qui pratiquent déjà la danse tahitienne. Pour ceux qui n’ont jamais dansé de leur vie, ça sera plus compliqué de commencer par la vidéo, il faudra s’accrocher ».

Vous l’aurez compris, Tahia ne se donne pas de limites aussi bien dans ses créations artistiques que dans ses créations professionnelles, et comme elle le dit si bien :

« Je mange danse, je vis danse, je dors danse. Je vis ma passion à fond ! ».

Plus d'informations

Noémie Schetrit
Rédactrice web

© Photos : Tahia Cambet, Pauline Guerrier, Jonathan Cadiot, Philippe Binet, Stéphane Mai, O tahiti Nui

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