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Portrait

Tiare Trompette, quand la danse se libère
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Tiare Trompette, quand la danse se libère

Publié le 9 octobre 2018

Mère de famille, épouse, enseignante, danseuse primée, chorégraphe, chef de troupe, directrice de troupe, présidente d’association… De première dauphine à Miss Tahiti en 1999 à aujourd’hui, elle en a parcouru du chemin ! Et avec son sixième Heiva cette année, Tiare Trompette Dezerville nous prouve qu’elle n’est pas prête de s’arrêter, bien au contraire.

Quand on lui demande de se définir en quelques mots, voici ce qu’elle nous répond : « créatrice, impulsive, engagée, motivée, fonceuse, ambitieuse ». Tiare Trompette, c’est cette super-woman de la danse en Polynésie : « J’ai ça dans le sang depuis toute petite » nous dit-elle. Et cela se voit, cela se ressent.

Cette année, avec sa troupe de danse Hei Tahiti qu’elle mène de front depuis 2004, Tiare Trompette en était à son sixième Heiva :

« Je ne m’essouffle pas, mais je me fatigue. Quand tu as gagné plusieurs prix, tu dois penser à plusieurs choses en même temps. Tu n’as pas le droit à l’erreur et tu dois être perfectionniste jusqu’au bout. Là, c’est le spectacle le plus organisé que j’ai fait jusqu’à présent. »

Un spectacle au thème particulier : « Te ‘ōteu fenua » (le bourgeon de la terre) est une légende de Huahine qui parle de viol. De viol sexuel, mais également de la terre. Si depuis 2017, la parole des femmes se libère de plus en plus, comme on l’a vu avec le mouvement #metoo, la danse se libère aussi peu à peu avec Tiare :

« Je me sers du côté artistique pour faire passer des messages et provoquer une prise de conscience, mais ce n’est pas encore de l’engagement complet. C’est plus de la sensibilisation. »

© Crédit photo : Lucien Pesquié - Toute reproduction interdite

« J’aime dépasser les limites, je n’ai pas peur de tenter »

Le thème du spectacle de la troupe Hei Tahiti était donc osé, engagé surtout, ainsi que sa scénographie, qui pouvait choquer par sa violence à certains moments.

« Oui, j’ai du culot d’oser, j’aime dépasser les limites, je n’ai pas peur de tenter. J’y vais et puis on verra bien les réactions que ça déclenchera ! Je sais que j’ai beaucoup fait débat. En 2005 déjà, ma meilleure danseuse portait un masque et des accessoires. On l’avait comparée à Louis XIV. Et paf, l’année suivante, dans le règlement du Heiva, il était interdit de porter un accessoire sur les yeux et dans les mains. Elle a eu son titre certes, mais à côté de ça, il y a eu des restrictions après. »

Pour son spectacle cette année, tout est parti d’une interview à la télévision.

« Je sortais du Heiva de 2016, j’étais à Paris où ma fille était hospitalisée. Et dans la chambre d’hôpital, j’ai mis France Ô car j’attendais la transmission de la soirée des Taupiti. Je suis tombée par hasard sur l’interview d’une dame très âgée qui témoignait de ce manque que les chorégraphes ont aujourd’hui à se tourner vers les anciens. Il ne faut pas juste prendre un livre, mais il faut aller les voir pour qu’ils nous transmettent leurs histoires. Les jeunes vont trop vite, ils cherchent à faire des tas de spectacles sans donner de sens réel. »

Elle réalise que oui, prendre une légende et en trouver un message, c’est facile. Mais que finalement, le plus important aujourd’hui, c’est de pouvoir transmettre, et que ce qui est fait, perdure.

« C’est grâce à mon auteur qui est de Huahine, et qui m’a ouvert les portes de sa famille et de tout le patrimoine qu’il y a l’intérieur, que j’ai pu raconter cette légende. Les années précédentes, mes spectacles étaient liés à ma famille, alors que là c’était une histoire liée à une autre famille. »

Tiare Trompette et sa troupe Hei Tahiti ont remporté quatre prix au Heiva 2018. Pourtant, au départ, ce n’était pas gagné :

« Il fallait motiver tout le monde pour rentrer dans cette histoire. Quand on démarre les répétitions, les danseurs ne connaissent pas le thème tant que l’on n’a pas déposé le texte. Même si c’est sûr qu’à un moment donné, ils se posaient des questions, quand on leur disait qu’on allait former un vagin par exemple… Quand le texte a été déposé et qu’ils ont pris connaissance du thème, des danseurs sont partis pour raisons personnelles, oui.  »

« Il y a encore des tabous dans la danse »

De toute façon, Tiare Trompette, le sait, tout thème présentera des risques selon les sensibilités artistiques de chacun : sera-t-il compris ? La version proposée sera-t-elle la bonne ? Mais les risques, Tiare est prête à les prendre, et elle les a d’ailleurs pris avec son spectacle, quitte à briser les conventions du Heiva, mais pas totalement non plus :

« Il y a encore des tabous dans la danse, surtout au Heiva, car nous avons un règlement strict à respecter. Mais je remarque une évolution au niveau de la construction du spectacle ou des costumes. Bien que jamais on ne mettra une jupe en plastique à la place du “more” ! Dans les autres spectacles hors Heiva, nous sommes plus libres, on peut parler d’homosexualité par exemple. Au Heiva, on ne peut pas. On est un peuple trop ancré dans la religion, on n’est pas encore assez ouverts d’esprit pour partager et voir certaines choses sur scène. Et je le comprends. »

© Crédit photo : Lucien Pesquié - Toute reproduction interdite

À 42 ans aujourd’hui, Tiare Trompette commence à songer à la pré-retraite pour se consacrer uniquement à la danse.

« J’ai également un projet qui me tient à cœur, c’est d’aller rencontrer l’association Fraternité chrétienne des handicapés. J’aimerai, à la fin du Heiva, organiser une rencontre entre ces personnes qui sont handicapées et mes danseurs, afin de leur apporter un peu de bonheur et changer le regard que l’on peut avoir sur les handicapés. »

Plus d'informations

Noémie Schetrit
Rédactrice web

© Photos et photo de couverture : Lucien Pesquié – Toute reproduction interdite

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