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Ariifano, première surveillante de la maison d’arrêt de Nuutania
métier engagé

Ariifano, première surveillante de la maison d’arrêt de Nuutania

« Ce qui est important c’est de garder un regard d’humanité sur les personnes détenues. »

La prison est un univers qui fascine autant qu’il dérange : d’une part il est méconnu et d’autre part car beaucoup d’entre nous ont des idées reçues à son sujet. Femmes de Polynésie souhaite aujourd’hui vous entrouvrir les portes de ce monde au travers du regard d’une femme, Ariifano Katupa, qui exerce, avec poigne et empathie, les fonctions de première surveillante au sein de la maison d’arrêt de Faa’a Nuutania1.

Très élégante et la parole aisée, une rencontre avec Ariifano est un vrai moment de partage et d’émotion.

Une pionnière dans sa profession, au-delà des préjugés

Issue d’une famille modeste de huit enfants, avec un papa pasteur, Ariifano a travaillé très tôt et exercé de nombreux petits métiers afin d’être indépendante.

« J’ai eu une éducation tournée vers les autres et en cela je remercie infiniment mes parents qui nous ont donné de vraies valeurs qui influent toujours sur ma vie. »

D’abord suppléante dans l’éducation, elle entre ensuite dans l’administration pénitentiaire en 1996 à l’issu du premier concours d’État organisé sur le Territoire. Elle débute en tant que surveillante au quartier femme de la maison d’arrêt de Faa’a puis passe en interne le concours de première surveillante, qu’elle est une des premières femmes à réussir. Cela fait 9 ans qu’Ariifano exerce ces fonctions.

Elle me raconte qu’au départ, les femmes surveillantes, peu nombreuses, étaient cantonnées au quartier des détenues femmes. Il était alors inconcevable qu’une femme travaille au contact des détenus hommes. Lorsqu’elle est devenue première surveillante, Ariifano a revendiqué, avec certaines collègues, la possibilité d’exercer leurs fonctions au sein du quartier hommes.

Pour Ariifano ce n’est pas le côté macho, comme on pourrait le penser, qui amenait les surveillants à ne pas vouloir d’elles au quartier hommes mais plus leur côté protecteur et la crainte de voir quelque chose leur arriver, notamment lors des interventions où la force physique est parfois nécessaire. 

En outre, ils ne voyaient pas en quoi la présence d’une femme aurait pu être bénéfique. La force de caractère d’Ariifano, et de quelques autres, a permis d’aller au-delà de ces résistances. Ainsi elle a pu progresser dans son métier et aujourd’hui personne ne conteste ce qu’elle lui apporte.

Fermeté et écoute

« Nous n’avons pas le même rapport avec les détenus que les surveillants hommes. Nous sommes presque complémentaires. Bien entendu il faut mettre tout de suite des limites mais une fois que le respect est là, il te suit dans ta carrière. »

Écouter Ariifano parler de son métier c’est en saisir un peu toute la complexité et l’intérêt. Les surveillants arrivent rapidement à savoir si la détention est plutôt calme ou si quelque chose ne va pas.

« Les jeunes notamment ne comprennent pas toujours la présence d’une femme mais ils sont recadrés rapidement, même par les détenus plus anciens ! »

Cette intuition subtile de ce qu’Ariifano appelle « la température de la détention », vient avec les années et la parfaite connaissance de la personnalité de chaque détenu.

« Nous ne sommes pas là que pour ouvrir et fermer des portes ! Ce métier c’est l’organisation du quotidien de la détention, donner du cadre mais également de l’écoute et de l’observation des détenus. »

Formée également aux premiers secours et à la sécurité incendie, Ariifano a été amenée il y a peu, dans des circonstances que nous tairons ici, à sauver la vie d’un détenu, et cela donne aussi son sens à ce métier si particulier.

« Être humain c’est respecter l’autre quoiqu’il ait fait ; ainsi le respect devient mutuel. »

Garder une soupape dans sa vie privée

Le mari d’Ariifano, également du métier, comprend les difficultés qu’elle peut rencontrer et le soutien en famille est sans faille.

Par ailleurs, Ariifano fait du sport, notamment la marche avec ses « bonnes copines », et aime se mettre au vert à la Presqu’île de temps en temps pour s’aérer : « il faut être posée dans sa tête et dans son corps ».

« De tout façon quel que soit le métier qu’on exerce, garder une bonne forme physique quand on avance en âge est important. » me dit-elle dans un éclat de rire.

Nul doute qu’Ariifano a encore de belles années de carrière devant elle à évoluer dans son métier et à lui apporter sa joie de vivre et ses compétences.

Nelly Hemain
Rédactrice web

© Photos : Ariifano Katupa

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