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Société

Caroline Geoffroy, pour une alimentation responsable.

Publié le 23 janvier 2019

C’est encore un parcours atypique que nous vous présentons aujourd’hui : celui de Caroline Geoffroy, une jeune infirmière qui, par conviction et une volonté à toute épreuve, se reconvertit aujourd’hui dans un commerce avec la création d’une « épicerie d’alimentation responsable ». Elle explique à Femmes de Polynésie comment elle en est arrivée à se lancer dans ce projet.

2018, L’ANNÉE DE LA PRISE DE CONSCIENCE

L’année dernière, la Polynésie a vu l’éclosion de nombreux projets associatifs éco-citoyens. Une réaction évidente aux messages alarmants qui nous arrivent des quatre coins du monde. Pour faire bouger les choses, de plus en plus de gens se mettent à l’action.

C’est ainsi que l’on assiste à des « clean-up days », des nettoyages de plages ou de sites, à une lutte contre l’utilisation du plastique à outrance, que certains commerces bannissent déjà ce genre de sacs et proposent du biodégradable, que d’autres magasins se mettent aussi à faire des contenants écologiques, et que diverses mesures permettent de lutter contre le gaspillage. C’est dans ce contexte que l’action de Caroline se situe.

« depuis toute petite, j’ai été sensibilisée à des sujets écologiques importants »

Caroline évoque sa grand-mère qui, depuis toujours, faisait elle-même son composte (son jardin, ses bocaux…), par exemple, méthode largement délaissée ces dernières années (sauf peut-être en milieu rural), et qui revient sur le devant de nos préoccupations dès lors que l’on s’intéresse à l’environnement.

« arrivée à Tahiti, je découvre le gaspillage en milieu hospitalier »

Avec une tante habitant en Polynésie, Caroline fait un premier voyage en 2011 pour des vacances et un stage au Taaone. Elle y revient pour s’y installer l’année suivante pour exercer son métier d’infirmière. Outre les problèmes écologiques mondiaux, elle est confrontée à une réalité : le gaspillage.

Au quotidien, elle constate qu’un volume important de produits et accessoires sont jetés à la poubelle alors que certains n’ont jamais servi ! Un phénomène de gâchis que l’on connait dans le commerce mais qui existe donc aussi en milieu médical, et cela révolte Caroline.

« depuis trois ans, je réfléchis à mon projet »

C’est au terme de longues introspections et de remises en question que Caroline mûrit son projet. Il devient vital pour elle de créer quelque chose en rapport avec ses valeurs et ses convictions. Elle passe donc par une période de développement personnel, pour en arriver à cette certitude que son projet doit se faire. Il s’agit d’une épicerie d’alimentation responsable.

« un concept dans le vent, aux valeurs éco-citoyennes »

Il est vrai que de plus en plus d’initiatives de ce genre fleurissent à Tahiti, mais ce n’est pas pour être à la mode que Caroline se lance dans l’aventure : elle le ressent comme une véritable nécessité. D’autant plus qu’il y a aussi, d’une part, un aspect de prévention sanitaire, et que, d’autre part, il est essentiel de « mieux manger ». Et Caroline a autant une soif d’apprendre qu’un appétit pour transmettre ses connaissances.

« Je souhaite que le magasin soit un vrai lieu de rencontre, où les gens puissent échanger entre eux »

Son magasin proposera donc des produits bios, des produits locaux (mais pas uniquement) sur le principe du « vrac », puisqu’on pourra acheter seulement ce dont on a besoin et ne pas gaspiller.

LE CHEMIN DE CROIX ADMINISTRATIF

Et Caroline n’a pas choisi la facilité. Elle découvre notamment à quel point il n’est pas évident de trouver un local bien situé, et est vite confrontée à une tonne de contraintes administratives qu’elle va surmonter, les unes après les autres, à force de détermination, d’insistance et de volonté.

Elle se lance seule dans son projet, aidée et encouragée par son conjoint (qui a une autre occupation professionnelle) et elle tente l’aventure sur ses fonds propres pour démarrer.

« je voulais avoir un projet pour agir en fonction des valeurs qui me sont chères et me permette d’être en accord avec moi-même »

On pourrait avoir tendance à penser que le projet est un peu fou, mais Caroline a la tête bien sur les épaules, et même si elle fourmille en permanence d’idées diverses et variées, on sent que l’idée a été mûrement réfléchie.

Ce bouillonnement d’idées nous montre à quel point elle est passionnée et impliquée. Elle refuse de considérer qu’elle prend des risques, ne semble pas se soucier de savoir si ça marchera ou pas car elle croit en ce type de commerce, et, surtout, elle concrétise quelque chose qui lui permet d’être en accord avec elle-même, d’autant qu’elle sent qu’il y a malgré tout une réelle attente de la clientèle pour ce mode de consommation réfléchi.

« nous devons, pour réfléchir à notre avenir, s’inspirer de nos grand-mères»

Lorsqu’on élargit la discussion à des questions planétaires sur l’écologie ou la société de consommation, Caroline se demande si l’être humain a bien compris les enjeux de ce qui nous attend en termes d’environnement. Visiblement, la réponse est mitigée !

Elle évoque le poids des lobbies, la nécessité que beaucoup de choses doivent changer à haut niveau. Mais, en attendant, chacun doit agir à son niveau au quotidien. Et c’est ce qu’elle fait.

« Si l’on attend que les choses changent d’elles-mêmes, il ne se passera rien. C’est à nous de montrer que nous voulons un autre mode de consommation. Il n’y a pas de petit geste : si chacun arrive à changer un peu ses habitudes, nous arriverons, ensemble, à faire bouger les choses »

Selon elle, l’une des recettes pour mieux préparer notre avenir, c’est de s’inspirer des méthodes du passé, des anciennes générations, qui ont fait leurs preuves.

Il est important, précise-t-elle, de s’inspirer de nos grands-parents, sans nécessairement revenir à l’ancien temps. Faire ses bocaux, limiter ses déchets, utiliser le plus possible des produits réutilisables sont des choses faisables par tous.

« un truc tout bête : les serviettes de table en tissus au lieu des serviettes en papier. On avait tous ça à table quand j’étais petite. Ou les mouchoirs en tissus.… Chaque chose, même si elle parait minuscule, est importante. Car une goutte ajoutée à une autre goutte que l’on ajoute à une autre goutte…. Ça fait des océans ! »

Pour Caroline, la protection de l’environnement et de la santé sont extrêmement liées. Elle ne pouvait pas proposer un magasin à visée écologique sans proposer des aliments biologiques. Le vrac est important car il permet de lutter contre le gaspillage alimentaire, mais il permet également de limiter nos déchets, et donc, notre impact sur l’environnement.

En consommant des produits biologiques, on protège notre santé, mais on protège aussi l’environnement (moins de pesticides, des sols de meilleure qualité, etc). En conclusion Caroline rappelle qu’en prenant le temps de cuisiner, et en mangeant équilibré, non seulement nous luttons contre les grosses entreprises qui nous poussent à manger toujours plus de produits ultra-transformés et néfastes pour notre santé, mais nous luttons aussi contre deux fléaux sanitaires : l’obésité et le diabète.

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Contactez la page Facebook : Epicerie de Tahiti 

Laurent Lachiver
Rédacteur web

© Photos : Laurent Lachiver et page Facebook l’épicerie Tahiti 

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